Apéros géants, maintenus ou annulés ?

- Des personnes tendent leur verre, le 3 février 2008 à Vincelles (Jura)
Des apéros géants annulés, d’autres maintenus sous surveillance... Après le décès d’un jeune homme mercredi soir à Nantes, municipalités et organisateurs réagissent en ordre dispersé. Sur la scène politique, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux appelle à une réunion de travail la semaine prochaine.
Apéros maintenus ou annulés ?
Un apéro géant « surveillé » doit se dérouler samedi soir au Mans, selon la préfecture de la Sarthe, qui a maintenu son autorisation mais averti les organisateurs des risques encourus.
Pour l’occasion, 200 policiers ont été mobilisés. 3 à 5.000 personnes sont attendues dès samedi soir dans le centre-ville du Mans. Les forces de l’ordre veilleront au respect de l’arrêté, permanent au Mans, interdisant la consommation d’alcool sur la voie publique ainsi qu’aux deux arrêtés temporaires d’interdiction de vente et de transport d’alcool pris spécialement pour la soirée de samedi dans le périmètre de la fête.
En revanche, les préfectures de Haute-Savoie et de Savoie ont interdit deux « apéros géants » prévus ce week-end à Annecy et Chambéry, « craignant des débordements ».
A Paris, un apéro, baptisé sur Facebook comme « Record du plus grand apéro de France à Paris », est prévu le 23 mai au Champ de Mars. La préfecture de police a ouvert un compte Facebook pour mettre en garde contre « les risques graves liés à la gestion de foule », susceptible de réunir plus de 50.000 personnes.
Dans un communiqué, le maire Bertrand Delanoë (PS) indique « soutenir les initiatives prises par la préfecture de police, compétente dans la capitale pour gérer ce type d’événement, pour dissuader les organisateurs de cette initiative de la mener à son terme ».
« Ce serait en effet une erreur que d’assimiler un objectif de convivialité avec un concept dominé par le risque d’une évidente spirale alcoolisée », ajoute-t-il.
A Bergerac, dans le sud-ouest, les organisateurs d’un apéro prévu en juillet (pour lequel sont déjà inscrites 3.000 personnes), ont demandé des autorisations à la mairie et à la préfecture.
« S’il se passe à Bergerac un drame comme celui de Nantes, je serais très affecté mais j’aurais mis en oeuvre tous les moyens au niveau de la sécurité, des secouristes, du filtrage des entrées par des agents payés par des sponsors », a indiqué Pierre Labrunie, 30 ans.
Hortefeux convoque une réunion
Le ministère de l’Intérieur a annoncé ce matin que le ministre Brice Hortefeux présiderait la semaine prochaine « une réunion de travail avec les représentants des ministères, les préfets et les maires principalement concernés aura pour objet d’évaluer la mise en oeuvre des instructions déjà données aux préfets, de préciser les mesures permettant de faire face à ce type d’événements spontanés, de limiter les risques qu’ils font encourir notamment aux mineurs qui s’y rendent, et de coordonner la réponse des différents acteurs locaux ».
Le ministère rappelle que « dès les premiers « apéros géants » » initiés par le biais d’un réseau social sur Internet, Brice Hortefeux a donné, le 16 avril dernier, des instructions aux préfets, par circulaire. « Ces instructions ont permis de mobiliser les services publics compétents (police, gendarmerie, sécurité civile, services de santé) et, ainsi, de limiter les risques encourus par les participants à ces rassemblements festifs », poursuit le communiqué.
« L’interdiction pure et simple ? »
Plus tôt dans la matinée, Jean-Marc Ayrault, le maire PS de Nantes, avait demandé au ministère de l’Intérieur d’organiser « une concertation » pour « casser la spirale » de ces apéros géants.
« L’interdiction pure et simple ? Ce n’est pas forcément la solution. Regardez, à Montpellier, le préfet a pris un arrêté d’interdiction et il y avait 11.000 personnes dans les rues », a jugé le chef de file des députés PS. Deux députés socialistes, Claude Bartolone et Jean-Christophe Cambadélis, ont estimé de leur côté qu’il ne fallait pas interdire les apéros géants mais les réguler.
Tout comme la secrétaire d’Etat au Numérique Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s’est prononcée ce matin contre l’interdiction « systématique », mais, ajoute-t-elle, « il faut que les organisateurs comprennent que s’il y a des règles de sécurité qui sont mises en place, ce n’est pas pour les ennuyer, c’est vraiment qu’il y a des risques ».
Et de prôner « le même genre de politique » que celle adoptée vis-à-vis des « rave parties » dans les années 90, qui n’ont pas été « complètement interdites », sauf quand « c’était vraiment dangereux ».
« Au début, les organisateurs (des raves parties) et les préfets se sont regardés en chien de faïence (...) après, ils ont commencé à se parler et les organisateurs ont accepté d’entrer dans la logique des problèmes de sécurité », a-t-elle rappelé.
Selon la secrétaire d’Etat, la responsabilité de la mort du jeune homme à Nantes et des dégâts « peut être attribuée aux organisateurs » qui devraient pouvoir être identifiés. « On n’est jamais anonyme, y compris sur internet », a-t-elle dit.

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